Géologie et paysages sur le chemin de Régordane

TopoGuide FFRandonnée Le chemin de Régordane, juin 2018
Texte de M. Bouvier, Association des Amis de la Géologie de l’école des Mines d’Alès

Les hauts plateaux volcaniques du Puy-en-Velay

Le parcours débute sur les hauts plateaux (1 000 à 1 100 m) du Massif Central, au Puy-en-Velay. Cette zone se caractérise par de larges dépressions bordées par des alignements d’édifices coniques, boisés de résineux, vestiges d’un passé volcanique. La bonne conservation de ces édifices, constitués essentiellement de cendres, de scories et de bombes volcaniques (que l’on peut observer dans les nombreuses carrières qui balafrent leurs flancs), témoigne de leur récent passé (– 5 à – 1 MA). Les dépressions, occupées par des cultures fourragères, des prairies et de vastes zones d’élevage, sont delarges coulées de laves (essentiellement basaltiques) qui masquent totalement le socle hercynien formé de gneiss et de granite.

Granite, gneiss et micaschistes en Gévaudan

Le paysage change dès que l’on franchit le col du Rayol et que l’on plonge vers la vallée de l’Allier (900 m). Seules quelques coulées de lave s’observent encore aux alentours de Langogne. Dans les vallées étroites, les roches métamorphiques du socle (majoritairement des gneiss) sont maintenant visibles. Les prairies deviennent rares, les pentes et les sommets se couvrent d’une végétation mixte de feuillus et de résineux. Après Langogne, en rive droite de l’Allier, on observe encore un bel entablement de basalte, alors que, en rive gauche, affleurent des gneiss oeillés à grands cristaux de feldspath, de mica blanc et/ou noir et parfois de baguettes de tourmaline. Peu après La Bastide-Puylaurent, tout change à nouveau. Nous quittons le versant atlantique, verdoyant, pour celui du bassin méditerranéen, plus sec. Le domaine des gneiss laisse place à celui des micaschistes où poussent châtaigniers, genêts et bruyères. Vers le sud-ouest, la topographie s’élève doucement (de 1 000 à 1 700 m) jusqu’à la crête du massif granitique du mont Lozère où, du Cassini (1 680 m) au Finiels (1 699 m), culminent les Cévennes.

La faille de Villefort

Le massif du mont Lozère est brusquement interrompu à l’est par la faille de Villefort (parfois appelée faille Régordane). Celle-ci effondre le granite de plus de mille mètres et le décale vers le nord de 10 à 11 km environ pour former le massif de la Borne. Vers le sud-est (à l’est de la faille), on note que la topographie subhorizontale correspond à une paléo-surface quaternaire peu déformée, dans laquelle le réseau hydrographique s’est enfoncé profondément (« relief en creux »). Le belvédère de La Garde-Guérin (qui se situe à peu près sur cette paléo-surface) offre une très belle vue sur les gorges du Chassezac creusées dans le granite porphyroïde du massif de la Borne. De Villefort à Génolhac, on suit la faille de Villefort, qui passe au pied du mont Lozère. Son passage est matérialisé par une très belle surface verticale (miroir), particulièrement visible au bord de la route après Concoules. Ici, la faille de Villefort a probablement facilité la mise en place, par venues hydrothermales, de filons de quartz et baryte avec blende et galène (parfois argentifère). Dans le passé, ces filons ont fait l’objet d’exploitations souvent importantes (Villefort, Vialas, etc.). La descente vers Alès s’effectue maintenant dans les « schistes des Cévennes », au milieu des châtaigniers, des chênes verts et des bruyères.

Le bassin minier des Cévennes

À partir de Chamborigaud, on entre dans le bassin houiller des Cévennes, superposition de plusieurs milliers de mètres de grès, de conglomérats et de schistes sédimentaires renfermant des niveaux plus ou moins importants de houille, qui ont été intensément exploités pendant plus de cent ans. Les dernières exploitations, à ciel ouvert, ont fermé au début du xxie siècle. Chemin faisant, on peut encore en observer divers vestiges. Du Pradel à Alès, on traverse une étroite bande de terrains plus récents (Trias, Jurassique et Crétacé), riches en carbonates (calcaires, dolomies, marnes, grès), souvent appelée « bordure sous-cévenole ». Cette zone a été particulièrement riche en mines métalliques (plomb, zinc, pyrite, fer, etc.) dont certaines ont été exploitées depuis fort longtemps.

De la faille des Cévennes à celle de Nîmes

À Alès, la faille des Cévennes nous fait quitter le socle hercynien pour pénétrer dans le fossé d’Alès puis la vaste zone des « Garrigues ». C’est au cours de l’Oligocène (– 34 à – 23 MA) que le fossé d’Alès va s’ouvrir et se remplir de 1 000 à 2 000 m de sédiments. La zone des « Garrigues » s’étend de la faille des Cévennes à celle de Nîmes. C’est une vaste zone de collines et de plateaux calcaires, plus ou moins fortement karstifiés, dont l’altitude moyenne est comprise entre 200 et 300 m, alternant avec des bassins marneux ou alluviaux. La végétation y est caractéristique, à base de chêne vert et de chêne pubescent, parfois réduite à l’état de brousse de chêne kermès, de thym, de romarin, etc. Les marnes sont à l’origine des zones basses (dépressions) cultivées et montrent souvent des talus spectaculairement ravinés.

Les plaines bordières

Au sud-est, la faille de Nîmes interrompt brutalement les « Garrigues » et affaisse l’ensemble des formations géologiques. On entre dans le domaine des plaines bordières, couvertes de cailloutis du début du Quaternaire, localement de limons, où l’altitude dépasse rarement 100 m. Cette faille de Nîmes limite un profond fossé d’effondrement (graben) correspondant à la Vistrenque et au graben de Pujaut. Ce fossé est rempli de sédiments renfermant des niveaux d’argiles, de marnes, de calcaires (d’âge oligocène), et aussi d’une importante série salifère exploitée par forage à Vauvert. C’est également le long de cette faille que jaillit la source Perrier. À partir de Saint-Gilles, c’est l’entrée en Petite Camargue, zone de sédiments fluviaux, deltaïques.

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